| Partout, les usages de communication, essentiellement entre enseignants, sont les plus développés ; au Danemark, ils concernent également les parents. Partout aussi, les usages pédagogiques sont insuffisamment pratiqués. L’utilisation des plates formes virtuelles à des fins de gestion et d’organisation (réservation de salles de cours, commande de matériel, etc.) s’observe partout, avec plus ou moins d’intensité. Au Royaume-Uni, et dans une moindre mesure en Andalousie et au Danemark, les plates formes virtuelles sont également utilisées comme systèmes de gestion d’importants volumes d’informations administratives concernant les établissements et les élèves.
• Les usages pédagogiques
Les usages pédagogiques, c’est-à-dire ceux liés aux processus qui traitent et transforment des informations en savoirs à travers l’interaction entre enseignants et élèves, sont partout limités. Les élèves participent en outre peu aux échanges qui s’organisent sur les plates formes virtuelles ; leur participation se limite aux travaux à faire mis sur les plates formes par les enseignants. Ce constat peut s’expliquer par l’absence de modèle pédagogique qui permettrait de valoriser les spécificités des plates formes virtuelles pour développer des usages pédagogiques innovants, basés sur un apprentissage actif par l’élève plutôt que de perpétuer une pédagogie traditionnelle de transmission de l’enseignant vers l’élève.
Une synergie positive est toutefois observée au Danemark entre certaines caractéristiques du système éducatif, telles que l’autonomie des enseignants et le travail en équipes des élèves autour de projets, et l’usage pédagogique des plates formes virtuelles. Ces dernières s’y révèlent également plus utilisées par les élèves lorsqu’il s’agit de poursuivre le travail scolaire après les heures de cours (qui se terminent au Danemark vers 13h30, ce qui entraîne aussi une plus grande disponibilité des enseignants pour suivre et aider leurs élèves en ligne).
L’usage des plates formes virtuelles contribue à développer la coopération entre enseignants. Leur travail en équipe est inégalement développé selon les pays, mais partout des plates formes proposant des ressources pédagogiques digitales ont été l objet d’une attention spécifique. Les enseignants y créent des ressources ou les commentent et les évaluent. Outre l’absence d’un nouveau modèle pédagogique déjà évoquée, les obstacles identifiés au développement des usages pédagogiques sont liés à l’absence d’une vision claire de l’apport spécifique d’une plate forme au niveau de l’établissement, aux contraintes propres à l’organisation de l’école dont notamment l’accès limité aux ordinateurs à certaines heures et certains endroits, ainsi qu’au manque de temps pour que les enseignants pratiquent l’usage des plates formes. Les solutions prônées pour remédier à cette situation évoquent la formation ad hoc des enseignants, et l’utilisation des plates formes pour offrir des solutions aux problèmes pédagogiques habituellement rencontrés par les enseignants (travail en équipe, récupération des élèves démotivés, surcharge administrative, etc. ).
• Les usages de communication
Les blogs, forums, conférences, service de messagerie, etc. hébergés sur les plates formes virtuelles rencontrent un indéniable succès auprès des enseignants tant au Danemark, qu’en Espagne et au Royaume-Uni.
Il n’y a en revanche qu’au Danemark que cette communication s’est aussi généralisée au niveau des parents ; leur engouement repose sur un intérêt vis-à-vis de ce qui se passe dans l’établissement scolaire et l’envie d’y participer, plutôt que sur une motivation de contrôle. Ailleurs, la communication avec les parents est très peu développée, que des dispositifs spécifiques soient mis en oeuvre (Andalousie) ou pas (Catalogne). De façon générale, y compris en dehors des plates formes virtuelles, le contact entre les établissements d’enseignement et les parents sont limités, et cette distance s’accroît au fur et à mesure que l’élève devient plus âgé.
Le succès des usages de communication auprès des enseignants laisse penser que ces dispositifs répondent à un besoin de la profession; l’échec des mêmes usages vis-à-vis des parents tend à confirmer qu’à partir du moment où l’intérêt n’existe pas, ce n’est pas le dispositif qui réussira à créer la demande, ce que confirme d’ailleurs a contrario la situation au Danemark.
• Les usages administratifs
Ces usages s’observent à deux niveaux : celui de l’établissement autour d’une série de fonctions qui règlent la vie scolaire, et celui de l’entité responsable au niveau supérieur (autorité locale, régionale, voire nationale selon les cas) où sont mis en oeuvre des systèmes avancés de gestion de grands volumes de données relatives aux établissements et aux élèves où l’interopérabilité est un critère essentiel. Ce type d’usage est particulièrement développé au Royaume-Uni, dans une optique de rentabilité des tâches administratives, objectif activement poursuivi par les décideurs. Il s’observe aussi au Danemark et prend de l’importance en Andalousie où, à travers la plate forme SENECA, l’objectif est d’accéder à terme en temps réel à toute l’information à propos de l’ensemble des établissements (élèves et enseignants) de la région d’Andalousie (notamment à des fins de planification).
Le moteur de développement de tels usages réside dans le besoin de centralisation des données au niveau d’un territoire et dans la réduction de la charge administrative. |