Projets ENT

Le site de la génération ENT

L’ENT outil de désenclavement du monde rural

L’ENT outil de désenclavement du monde rural

Dans le contexte auvergnat marqué par la ruralité dans un environnement montagneux, l’ENT peut-il constituer un atout dans les politiques de désenclavement local et de maintien de la population. Pierre Danel, CTICE auprès du Recteur de l’Académie de Clermont-Ferrand, répond positivement !

*

L’Auvergne, territoire rural, éléments de contexte

Les héritages du temps

Le vieux massif hercynien rehaussé par la poussée des Alpes au Tertiaire provoquant des craquements de la croûte terrestre et l’érection de volcans aujourd’hui éteints, a légué un paysage accidenté et cloisonné. La révolution industrielle au XIX° siècle et un raccordement tardif aux grands axes de communication au XX° siècle, ont contribué à vider le territoire de ses hommes. Si la tendance commence à s’inverser (la construction de l’autoroute et le Viaduc de Millau ont relancé une région qui reste la seule encore non raccordée au réseau  national du TGV), la répartition de la population sur le territoire témoigne de ce passé : une grande ville, Clermont-Ferrand, et quelques villes moyennes qui aspirent l’activité et les hommes, laissant presque vides de vastes étendues.

Une population rurale

Les chiffres de sa population le rappellent sans faux-semblants, l’Auvergne est un territoire fortement rural ! Avec 1.339.247 habitants (INSEE 2010) sur un territoire de 26.013 km2, l’Auvergne est non seulement le pays des faibles densités (51 h/km2, 2 fois moins que la moyenne nationale), mais aussi celle où la croissance démographique reste l’une des plus faibles (tout juste 2,3% en 10 ans). Après Clermont-Ferrand, 21ème ville de France en taille de population, viennent quelques villes moyennes, une petite dizaine, Moulins 5ème ville d’Auvergne ne compte déjà plus que 21.000 habitants, supplantées par le poids du monde rural…

Avec l’agglomération Aurillacoise qui concentre près de 40% de la population du département, le Cantal offre un bon exemple de cette ruralité cloisonnée par les massifs montagneux (voir analyse de la population du Cantal par l’INSEE).

Ce qui apparaît à l’échelle départementale se retrouve plus globalement à l’échelle régionale. D’où la difficulté de raccorder cet espace aux dynamiques nationales, mais la complexité également de dégager une cohérence locale.

René Souchon, Président  de la Région Auvergne, décrit comment les nouvelles fonctionnalités de l’ENT contribuent à limiter les effets de la ruralité et de l’enclavement.

Les fonctionnalités inter établissements sont très importantes dans une académie marquée par la ruralité et où de nombreux enseignants ont des services partagés. Nous avons aussi soigné les fonctions de communication. Par exemple, la liaison entre collèges et lycées est facilitée pour mieux suivre le parcours scolaire des enfants. L’ENT facilite aussi le pilotage pédagogique, permettant aussi bien au Rectorat qu’aux collectivités de diffuser des informations à travers un espace de pilotage adapté. Enfin l’ENT Auvergne permet de gérer les sites web des collèges et des lycées, facilitant en cela l’articulation entre leur communication interne, ciblée et leur communication externe en direction du grand public et de leurs usagers potentiels.

*

La généralisation des ENT, réponse à la ruralité

C’est dans ce contexte que le choix du numérique a pu constituer une chance pour tous les acteurs en présence. Tisser du lien, raccorder les auvergnats, assurer la laison avec les zones les plus reculées ou les moins accessibles, les autoroutes de l’information sont venues seconder les autoroutes physiques !

« On a l’impression que le dispositif prend mieux à la campagne qu’à la ville »
(Pierre Danel, CTICE académie Clermont-Ferrand)

ENT'AuvergnePour les établissements ruraux, le numérique est apparu également comme une opportunité pour entrer dans le courant, pour être dans le coup ! La dimension numérique comme élément d’intégration à la modernité n’est d’ailleurs pas limitée à l’éducation. Les entreprises locales sont nettement engagées dans les nouvelles technologies ! La volonté de ne pas être tenus à l’écart des autoroutes de l’information est très forte : la logique territoriale partagée par les collectivités comme par les citoyens est un point de rencontre central sur lequel inscrire des projets numériques d’ampleur. Il y avait donc une vraie appétence pour un projet dans lequel chacun voyait l’occasion d’une revanche sur l’histoire du déploiement des communications. Si dans le domaine des infrastructures de communications l’Auvergne demeure fortement enclavée, il y avait ce désir des différentes parties prenantes locales de n’être pas mis à l’écart sur les technologies ! Si le raccordement par les transports ferroviaires et aériens reste insuffisant, les autoroutes de l’information devaient constituer une vraie chance de sortir de l’enclavement. Cette culture partagée est un puissant stimulant pour tous les acteurs du déploiement des ENT comme pour leurs utilisateurs.

Un élan qui s’est construit dans le temps

La volonté de ne pas être à l’écart remonte au milieu des années 90 lorsque les collectivités ont décidé de connecter Internet dans les établissements du second degré. Cet effort s’est poursuivi avec la mise en œuvre d’un marché pour accéder ensuite à internet dans le supérieur, les lycées et une partie des collèges (marché AUVERDATA), à la suite duquel la Région s’est lancée dans des actions d’accès sur tous les territoires par ADSL avec des accords pour couvrir l’ensemble du  territoire puis la création de divers schémas pour assurer les connexions dans les territoires (régional pour relier les grandes villes, HD pour la région et un programme de Vivre sur l’Agglo clermontoise).

Généraliser les ENT, processus de déploiement de la culture du Web

En Auvergne, la population totale est égale à celle de l’agglomération lyonnaise ! Toutes les personnes concernées par l’éducation dans le second degré, aussi bien dans le public (250.000 comptes) que dans le privé (330.000 à 350.000), ainsi que dans le premier degré qui avec le plan ENR (Ecole Numérique Rural) a connu un rapide décollage, représentent la moitié des Auvergnats – sans parler de la population étudiante.  On voit bien que l’école est un canal important pour la diffusion auprès des familles de la culture numérique et de l’Internet. La généralisation de l’ENT a donc constitué un levier pour une sensibilisation globale aux usages du numérique.

C’était le sens donné au dispositif Cyber Cantal que le Conseil général a promu, avec l’équipement de salles dans les collèges accessibles aussi bien aux élèves qu’aux familles, et au-delà même des citoyens, qui après leur travail, en dehors de la période des cours, venaient s’ouvrir à la culture numérique et Web via l’Internet ! Les enfants tenant le rôle de relai auprès de leurs parents. Dans les territoires à fort déploiement technologique, l’école n’est pas le vecteur de la diffusion d’une culture Internet… Contrairement aux idées reçues, les régions les plus industrialisées et les plus dynamiques en termes de services, avec une population élevée de cadres travaillant dans les technologies de l’information, ne sont pas plus prédisposées que d’autres à voir la généralisation de l’ENT triompher sous prétexte que l’école ne peut pas être en retard par rapport à son environnement ! Sans contredire ce modèle, la situation de l’Auvergne démontre que c’est l’école qui apporte l’Internet et le numérique dans les zones rurales les plus reculées…

C’est aussi, plus récemment, le sens de l’implication du Recteur et des collectivités dans la réflexion sur les bons usages d’Internet avec la mise en place d’un dispositif, le CRIL, qui en assure l’évangélisation.

*

Retour au Sommaire du Dossier