L’ENT sur ses ergots

cliquer pour agrandir l'imageComme promis, je reviens commenter, ou plutôt reprendre certains éléments de l’enquête de l’INRP parue le mois dernier et dont les multiples récurrences sur la Toile témoignent de l’intérêt évident qu’elle suscite ! Il n’y a pas un jour où sa googlisation ou sa twiterisation ne fasse clignoter mes signaux d’alerte… Pour reprendre l’expression devenue proverbiale dans les dîners en ville, qui n’est surtout qu’une pauvre stratégie pour reprendre la conduite d’un débat monopolisé par son voisin de table, je « rebondirai » sur cette étude qui explore les usages des enseignants de l’ENT. Les autres, ceux qui ne sont pas profs, ce n’est pas une raison pour vous arrêter de lire ! Il est toujours instructif de connaître l’avis de l’utilisateur quand on participe au débat sur le développement des fonctionnalités des outils qui sont mis à sa disposition ! Vous attendrez donc pour « rebondir »… (le double sens de rebond n’aura pas échapper aux obsessionnels de google analytics*).

Pour rappel, l’enquête s’est déroulée en Auvergne et en Isère ; elle ne constitue qu’une photographie des usages pédagogiques des profs des ENT sur un temps et un espace donné. Ses conclusions ne sont duplicables qu’après avoir pris la précaution, à minima, de les resituer dans la chronologie du process de généralisation. Pour autant la simple mise à plat des usages des différentes fonctionnalités des enseignants sur l’ENT sont éclairantes sur le process d’appropriation de l’outil. C’est un thème qui m’est cher, j’en deviens redondant, mais cette logique de familiarisation me semble au cœur du succès de la phase de généralisation. La conclusion du Rapport ne dit pas autre chose :

« La généralisation du matériel favorise, au moins en partie, la généralisation des usages » (p. 34)

L’enquête souligne par exemple la montée en puissance du cahier de texte. Est-ce une déformation de ma veille sur la Toile, mais le terme autant que l’usage s’installent gentiment comme une évidence. Tous les jours, je peux suivre le travail et les cours de la classe de 6ème B du collège Jean Bart de Port Salut ou les textes de français des élèves de S de la classe de 1ère D du Lycée français Charles de Gaulle à Baden Baden… Là où certains utilisent des blogs, les autres adoptent l’ENT.

L’enquête révèle que « malgré, un ensemble de freins liés à la confidentialité, la redondance avec le cahier de texte « papier » et le manque d’ergonomie de cette fonctionnalité, l’utilisation du cahier de texte numérique est en voie de généralisation. Dans 90% des cas (351), les enseignants consignent ce qu’ils remplissaient déjà dans le cahier de texte « papier »« 

(p. 32).

L’enquête montre aussi comment cette brique, pour reprendre le langage techno des professionnels des ENT, voit ses usages s’enrichir en fonction des utilisateurs. Ils sont déjà 40% à en faire une utilisation pédagogique déviante mais tout à fait web 2.0 ! La fonction cahier de texte s’en trouve transcendée pour devenir collaborative. On y retrouve des liens, des cours, des ressources, des questions… L’appropriation au fil de l’eau. D’une manière plus générale l’énumération des motifs des réticences aux usages des fonctionnalités offertes par les ENT renforce l’analyse :

En ce qui concerne l’ENT, certaines fonctionnalités sont moins utilisées que d’autres pour un ensemble de raisons comme la méconnaissance (80% des cas pour l’éditeur web, 29% pour les groupes de travail), le manque d’utilité et d’intérêt pédagogique (40% pour les forums, et 40% pour le cahier de texte) ou parce qu’ils préfèrent utiliser leurs outils personnels (45% des cas pour la messagerie électronique et 30% pour le dépôt de fichiers).

(p. 32)

Les deux premiers critères me semblent liés : « le manque d’intérêt pédagogique » n’est-il pas l’expression même de cette « méconnaissance » regrettée par certains enseignants. Avec le temps, c’est à dire aussi sans doute avec de l’accompagnement, l’utilisation des différentes briques en enrichira les fonctionnalités. Le cahier de texte numérique ne se résumera plus au simple copié – collé de son ancêtre sur papier. Comme l’expérimente déjà près de la moitié des enseignants interrogés, il devient un espace que chacun modèle à ses besoins. L’usage créée l’outil ! Le constat des chercheurs est plutôt encourageant : avec le temps chacun pourra l’adapter à sa pédagogie. L’adopter c’est l’adapter, et lycée de Versailles…

L’enquête révèle aussi que des fonctionnalités dont l’usage est naturel sur le web ne sont pas toujours reprises sur l’ENT ! Le constat peut inquiéter, il doit surtout interroger ! Pourquoi reproduire des doublons ? Comment intégrer des usages courants sur l’ENT sans leur faire perdre toute congruence ? Ces questions interrogent nos usages et soulignent l’importance de ne jamais perdre le contact avec la vie réelle… Les profs et la communauté éducative ont pris avec la généralisation des ENT une longueur d’avance ! Cet avantage doit être poussé plus loin… Une piste de réponse se trouve peut-être dans l’un des motifs rapportés par l’enquête de l’absence d’intérêt des enseignants pour telles ou telles fonctionnalités : le « manque d’ergonomie« . L’occurrence désigne la posture à tenir : soyons toujours plus ergonomiques, adaptons nos besoins à nos usages…

Marc Sagot, (cogito) ergo (nomique) sum

* Sur google analytics, le taux de rebond désigne le nombre de passages d’un article à un autre !

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