Le Petit Nicolas et les ENT
La lecture, dans la presse locale, d’un article sur les utilisations quotidiennes de l’ENT dans un collège du Gers (Académie de Toulouse), a piqué ma curiosité : à Mauvezin, au collège du Fézensaguet, « les collégiens ont élu leurs délégués de classe. Grâce à la mairie qui a prêté le matériel officiel, urne et isoloirs, ces élections se sont déroulées dans la plus grande solennité. Les candidats ont fait campagne, utilisant les moyens modernes de communication comme l’ENT (espace numérique de travail) du collège et chaque classe s’est retrouvée avec le professeur principal pour voter. »
L’actualité cinématographique, la sortie ce mois-ci d’une adaptation du Petit Nicolas de Goscigny et Sempé, m’a renvoyé à l’époque où l’élection des délégués de classe ne bénéficiait pas des fonctionnalités et des facilités offertes par l’ENT…
Alors, je me suis laissé aller à essayer d’imaginer comment les deux compères auraient pu l’écrire…
L’élection des délégués
Ce matin, quand la maîtresse est entrée dans la classe, elle avait une grosse boîte en verre dans les bras, mais qui en fait, comme elle nous a rassuré, était en plastique transparent, sinon elle n’aurait jamais pu la porter. Eudes et Maixent qui étaient en train de se bagarrer pour une histoire de billes, se sont arrêtés nets lorsqu’on a tous crié « hoooo ». C’est vrai quoi, c’est pas tous les jours qu’on voit entrer dans la classe une boîte de cosmonaute. La maîtresse s’est pincée les lèvres et puis elle a pris la parole : « mais non Geoffroy, cette boîte en plastique s’appelle une urne ! » … et on a tous fait « Ahaaaaa… », c’était terrible ! « Bon, calmez-vous, calmez-vous, aujourd’hui nous allons élire les délégués de votre classe ». Et devant la légère déception qui montait dans l’assemblée, elle a rajoutée avec gourmandise, « mais cette fois comme pour l’élection du maire ! ». Alors là oui, toute la classe a lancé des « hourras », des « super chouette », des « j’suis Sarkozy, j’suis Napoléon, j’suis Jacques Chirac » ce à quoi Aignan, qui a des lunettes et qui est le premier de la classe, a rétorqué en prenant une voix de professeur : « la maîtresse a parlé d’élire les maires pas les premiers ministres ! ». Et avant que Eudes, qui n’aime pas être contredit, n’ait mis son poing sur le nez d’Aignan, la maîtresse s’est interposée entre eux deux et a prévenu : « si cela doit être la foire d’empoigne, on arrête tout, tout de suite ». Chacun est reparti à sa place et on a tous croisé les bras pour montrer qu’on allait être très sage et très sérieux comme quand on fait de la politique… Sauf Alceste qui en a profité pour recompter ses sandwichs dans son cartable !
La maîtresse a rigolé tout en nous tournant le dos, on voyait ses épaules s’agiter légèrement de haut en bas, puis elle a commencé son cours. Après nous avoir tout enseigné de l’organisation des élections, isoloirs, urnes, bulletins de vote, liste électorale, bureau de votes, etc. nous avons appris que chaque candidat devait avant de présenter sa candidature à ses camarades, proposer « son programme électoral ». Quand tout le monde a compris qu’il fallait inventer toutes sortes de promesses pour que nos copains nous choisissent, alors toute la classe s’est portée candidate et chacun a commencé à présenter son programme :
- Si je suis élu, a crié Alceste, il y aura dans la classe des distributeurs de sandwichs gratuits
- … et de bonbons, a surenchéri Maixent
- Moi, si je suis élu, a dit Aignan qui est le chouchou de la maîtresse, je ramènerai à l’école ma collection de livres sur « Les hommes célèbres » pour vous les montrer !
- Si je suis élu a alors déclaré Geoffroy qui a un papa très riche qui lui achète tout ce qu’il demande, il y aura une salle de jeu et on jouera au foot tout le temps.
- N’importe quoi a dit Eudes ! Moi je mettrai un coup de poing à tous ceux qui ne voteront pas pour moi !
La maîtresse s’est mise en colère : « C’est pas un peu fini à la fin vos enfantillages, il s’agit d’une élection de délégués. Et puis pas tout le monde va se présenter, vous n’avez qu’à former des groupes, rassembler vos propositions sur une même liste et tirer au sort celui qui la conduira »Dans notre groupe, c’est Maixent qui a gagné le tirage au sort : il s’en est tiré avec un coup de poing de Eudes sur le nez parce que, disait-il, on avait triché et que c’était pas juste. Moi j’ai été désigné comme suppléant ce dont papa et maman m’ont félicité le soir même. Ils semblaient contents que pour une fois je leur parle de ce que j’avais fait à l’école.
En me caressant les cheveux et en faisant « Hé ! Hé ! », Papa m’a dit que lui aussi il avait été délégué au collège, qu’il adorait la politique et que s’il ne s’était pas marié, il serait certainement devenu maire de notre ville ; il est terrible mon papa.
Nul doute que pouvoir rédiger sa profession de foi et ses promesses électorales sur l’ENT de l’établissement peut constituer à la fois :
- un projet pédagogique pour les enseignants (de français ou d’histoire-géographie) ;
- une occasion de valoriser les droits et les devoirs du citoyen en les replaçant à l’échelle du simple engagement des élèves au collège ;
- une occasion de faire participer les parents à ce moment de vie scolaire ludique et citoyen.
Mais moi aussi alors, j’aurai pu faire de la politique si j’avais eu un ENT dans ma scolarité !… Si j’aurais su !!!
Le petit Marc Sagot, le blog des pastiches
Et ma question ?! Je ne l’ai pas oubliée… La généralisation des ENT ne passe-t-elle pas d’abord par l’appropriation par chacun de l’outil au travers d’expériences plus incarnées que des listes de notes et des plannings ?


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Bonjour Marc
Au plaisir de vous rencontrer, probablement à Educatice